Le 6 janvier dernier Médiapart publiait un article alarmant portant sur les dérives humiliantes et sexistes perpétrées au sein du tissu associatif des grandes écoles de commerce françaises. Ces comportements, sont l’héritage honteux du passé de ces institutions ( HEC, Edhec pour ne citer qu’elles)  et se perpétuent encore dramatiquement à nos jours. 

Bien sûr ils sont condamnés fermement par les écoles mises en cause. Mais qu’ils fassent partie des écoles pointées du doigt par Médiapart, il est indéniable que tous les étudiants des écoles de commerce se retrouvent  confrontés au cours de leur scolarité aux attitudes d’un autre âge véhiculées par la culture d’école durant les dernières décennie. Le portrait dressé par le site d’information est sans appel: des humiliations organisées des équipes de sport aux dérives alcoolisées en soirée  et même aux abus sexuels, le chemin à parcourir est encore (trop) long pour les écoles de commerce françaises dans ce domaine. 

 

Expliquer la perpétuation de ces codes n’a rien de sorcier. le climat en école de commerce trouve sa source dans l’écrasante représentation masculine aux postes qu’occupent les élèves à la sortie d’école. les domaines du commerce, du management, de la finance conservent, malgré une évolution certaine de la dernière décennie,  la marque d’un entre soi masculin: compétition, mise à ostracisation et moquerie ( pour ne pas dire harcèlement) de la minorité féminine. Mais c’est bien à l’école que ces comportement sont incubés, exacerbés même par l’esprit de corps de chaque établissement qui se décline aux échelles des équipes sportives, aux associations. Un autre facteur à prendre en compte est bien sûr les à côtés de la vie étudiante: la culture de la fête est aussi responsable de l’exacerbation de ces pratiques. Médiapart parle de la chatte fraîche, désignée par le club de football d’HEC et cible du harcèlement de ses membres en soirées. Sans aller jusqu’aux plus extrêmes ce sont aussi les pratiques les plus bénignes qui constituent une part importante de l’oppression misogyne subie. On pourrait se dire que la compétition et l’impression d’impunité sont renforcées dans les plus prestigieuses écoles mais il n’empêche qu’elles restent la norme, même amoindries, dans tous les établissements.

 

S’il est nécessaire de le rappeler ce type de comportement constitue une violation de la loi, et ne saurait s’expliquer par les agissements de ses victimes: une jupe ne justifie pas les avances misogynes et sexistes d’une bande de mecs alcoolisés ni l’oppression et la mise à l’écart si jamais elles sont repoussées ni le viol ou les attouchements révoltants qui ne sauraient être non plus justifiés par la quantité d’alcool ingérée. 

Il est dramatique qu’en 2020 ces pratiques soient encore systématisées et  normalisées. Car c’est ce dont il s’agit: de coutumes révoltantes qui trouvent encore grâce aux yeux d’élèves baignés dedans avant même leur arrivée en école et auquel dicte par répétition une norme dépassée hors des Business schools: malgré la criante réalité, il est plus simple de suivre le mouvement tant qu’il ne nous affecte pas.

 

Pour aller plus loin, de pareilles dérives sont la manifestation d’un dictat véhiculé par l’image de l’homme, obsolète et toxique, qui peine à disparaître dans ce milieu. Le mythe de l’homme viril auquel aucune fille ne résiste en SAT et en compétition avec ses camarades masculins est toujours à l’oeuvre. Il est toujours validé, toujours encouragé  et banalisé malgré les efforts des écoles pour le faire disparaître. 

De ce côté, il est important de souligner la prise de conscience des équipes pédagogiques qui, bien que tardive et encore timide, conduit à des démarches réelles pour sensibiliser , éduquer, et médiatiser  au sujet des enjeux d’égalités des genres ( et dans une moindre mesure des sexualités). Et l’existence de notre atelier Equa ID en est la preuve concrète. Cependant, ces efforts ne porteront leurs fruits que sur le long terme; pour cela il faut qu’une génération de cadres supérieurs conscient et informés portent une nouvelle image de “l’homme moderne” qui soit inclusive, tolérante et contribue activement au renouvellement des codes du genre masculin dans la sphère professionnelle et donc dans les écoles qui y préparent. C’est au prix de ce processus qu’un profond changement est possible.

 

 Nous ne sommes malheureusement pas encore parvenu à désamorcer ce dictat oppressif malgré la récente accélération des dernières années et Il est à espérer que dans les années futures, l’émergence des nouveaux codes des masculinités ( sexuels, professionnels, familiaux, relationnels: sociaux en bref) y viendront le plus tôt possible à bout. Malheureusement, il est à  l’heure actuel subit quotidiennement par des étudiantes des écoles de commerce, ce qu’il est nécessaire de dénoncer. Enfin si il faut nuancer les dérives observées dans les écoles citées par Médiapart par leur gravité qui ne saurait être représentative de l’ensemble des établissements français, c’est néanmoins le constat alarmant d’un besoin urgent de changement profond de la perception de la masculinité en école de commerce. 

 

 

 

R.N