Il fallait s’y attendre, la révolte des mâles alpha est apparue sous le doux nom de crise de la masculinité depuis déjà plusieurs années, sans que nous nous en soyons seulement rendu compte. Le sociologue Francis Dupuis-Déri qui a écrit tout un ouvrage à ce sujet définit ce concept comme « un refus de la part des hommes de l’égalité et leur réaffirmation de l’importance d’une différence hiérarchique entre les sexes », autrement dit une réaction antiféministe à l’émancipation des femmes.

Pour faire court, certains hommes se sentent tellement menacés par l’idée que les femmes puissent leur être un jour égales qu’ils ont décidé de réaffirmer la « nécessaire » hiérarchie sociale entre hommes et femmes. Retour donc aux bons vieux rôles de l’homme viril qui ramène l’argent au foyer et de la femme soumise qui fait les enfants et s’en occupe : quelle belle illustration du monde

Mais alors qu’est-ce que le masculinisme dans tout ça ?

Il s’agit un mouvement composé d’un rassemblement d’hommes souhaitant défendre la condition masculine face à l’évolution des droits des femmes. Un certain nombre d’hommes se sentant lésés par les droits accordés aux femmes à leur défaut ont décidé de défendre leur cause, et de se battre pour obtenir l’égalité dans les domaines dans lesquels ils se considèrent défavorisés. Leur principal cheval de bataille est donc aujourd’hui le divorce et la garde des enfants. Pourquoi pas me direz-vous, le sexisme discrimine effectivement aussi les hommes dans le rôle qu’il leur assigne et la virilité qu’il leur exige. Le masculinisme pourrait alors n’être que le pendant masculin du féminisme.

Cependant, plusieurs choses me dérangent ici. En premier lieu le fait que le féminisme tel qu’il existe aujourd’hui, du moins dans une majeure partie du mouvement, cherche à atteindre l’égalité entre les femmes et les hommes et ainsi peut tout à fait accueillir la lutte contre les discriminations faites envers les hommes.

De plus, à mesure que je continuais mes recherches sur le masculinisme, je me suis rendue compte qu’il s’agit en réalité d’un mouvement bien plus complexe et anti-féministe que ce que prônent certains masculinistes. Comme dans tout mouvement, évidemment, il existe des divergences, mais la politologue et présidente du Think Tank « Different », Virginie Martin, nous confirme que ce mouvement est bien né en réaction au féminisme et cherche à l’entraver. Ces hommes dénoncent une justice presque toujours favorable aux femmes en cas de divorce, mais mettent aussi en avant (pêle-mêle) une espérance de vie masculine plus faible, une sur-représentation dans les prisons, etc. Certains vont même jusqu’à affirmer que le patriarcat n’existe pas et que la société est en réalité désormais dominée par les femmes, d’où sa décadence bien sûr. Nous y voilà, cette bonne vieille crainte de ces hystériques de féministes qui veulent dominer le monde et dérèglent tout sur leur passage. Et même derrière un discours parfois modéré, on retrouve toujours la peur d’une crise de la masculinité.

Le masculinisme n’est donc pas une requête féministe mais une menace directe aux progrès pour l’égalité.

Pour autant, il convient tout de même de s’interroger sur l’origine de ce mouvement et la question de la place des hommes dans le féminisme, duquel certains se sentent exclus et d’autres non concernés.

Le cœur de la problématique touche ici les sujets abordés dans la lutte pour l’égalité femme-homme. En effet, il peut être dérangeant que les hommes traitent de discriminations faites aux femmes quand celles-ci se sont si longtemps vues refuser la parole, et que ces mêmes mots venant d’un homme prennent alors plus d’ampleur et semblent plus légitimes. En revanche, lorsqu’il s’agit d’évoquer le poids que le sexisme exerce sur les hommes, ces derniers sont évidemment les bienvenus à en parler.

Bien loin de les exclure, le féminisme comme nous l’entendons se veut inclusif au possible et prône au contraire une égalité des genres prenant donc en considération les discriminations dont les hommes sont également victimes. Finissons-en avec l’idée selon laquelle les hommes n’ont rien à gagner au féminisme et à l’égalité afin qu’ils cessent d’en avoir peur. Les hommes sont concernés, car le patriarcat et le sexisme actuel leur dictent également leur rôle et leurs devoirs, leur demandent d’être le pilier financier familial, leur interdit l’accès à certains métiers jugés trop « féminins », les ridiculise s’ils décident de porter du maquillage ou des robes parce que « Oh mon Dieu ! c’est un truc de fille, ou de tapette ! », leur impose une certaine apparence physique, les assujettis à des exigences de performances sexuelles et j’en passe. La virilité abusive décrite par Eddy de Pretto dans son titre Kid n’est pas un mythe et ne peut être vaincue que grâce à la lutte globale pour l’égalité qui prend chaque jour plus d’ampleur. Messieurs, la lutte vous concerne aussi, n’ayez pas peur d’y prendre part !

 

Sources :

La crise de la masculinité – Francis Dupuis-Déri

https://www.huffingtonpost.fr/virginie-martin/feminisme-masculinisme_b_2835720.html

https://www.youtube.com/watch?v=Vk0pE8KwhG0