« Madame le président » c’est ainsi que Julien Aubert interpelle en 2014 Sandrine Mazetier alors à la place de présidente de l’assemblée nationale. Ce refus de féminisation du mot « président » prouve assurément un malaise chez les hommes face à la question de la place des femmes en politique. Pendant longtemps inscrit sous le joug du patriarcat, le domaine des hautes sphères politiques est encore aujourd’hui grandement dominé par des hommes. L’homme politique peut-il donc seulement penser ou même accepter qu’une femme ait plus de pouvoir que lui ? 

 

Le pouvoir politique est né du topos de la virilité masculine, le mythe d’un homme fort, stoïque, protecteur et gardien de la nation. Et ce n’est pas pour rien que le plus haut poste politique en France se marie avec celui de chef des armées, reliquat du chef de guerre moyenâgeux. Ainsi historiquement l’homme s’est considéré plus légitime à l’exercice de ces postes, et même si de nombreuses mesures ont tenté de mieux intégrer les femmes dans la vie politique nationale et que le climat général y semble fortement favorable, les statistiques restent décevantes comme nous le rappelle l’énarque Philipe Brun ancien membre du cabinet parlementaire d’Axelle Lemaire. Le sexisme règne encore dans les institutions politiques formant un réel plafond de verre pour l’accession des femmes à de hautes fonctions. 

Ce sexisme est cultivé par un système discriminatoire issu de logiques historiques où règne une pesante « loi du silence ». M. Brun en a été témoin, ces discriminations sont réellement présentes dans l’administration française. Au cours d’un stage, parce qu’il était un homme, il a pu constater que certaines tâches lui ont été accordées au détriment des femmes qui se voyaient adresser des propos tels que « ma petite soyez gentille… ». Et ceci n’est qu’une partie visible du réel et tout laisse à imaginer que de nombreuses affaires de cette violence symbolique sont encore passées sous silence. Pour lui, le problème de la libération de la parole de ces femmes, qui ne sont que rarement écoutées, vient de la structure hiérarchique de ce système à la tête de laquelle on retrouve majoritairement des hommes. 

 

Pour lutter contre ce type de discrimination des mesures ont été mises en place en France. Parmi ces mesures on compte  notamment l’instauration de quotas avec par exemple la loi du 6 juin 2000 qui oblige de présenter un nombre égal de femmes et d’hommes lors des scrutins de liste, ou encore la loi du 27 janvier 2011 qui instaure un objectif minimal de 40% de nomination de femmes aux emplois d’encadrement supérieur et dirigeant de la fonction publique. Cependant l’imposition de ces quotas est fortement décriée, que ce soit par les hommes mais aussi par les femmes. Pour eux l’effet pervers des quotas est plus un risque qu’il ne représente une chance. Alors qu’ils sont là pour rééquilibrer la balance du pouvoir en France, certains y voient un vecteur de discréditation des compétences des femmes, les femmes sont alors choisies parce qu’elles sont des femmes et non pour leurs aptitudes. 

Enfin, chez quelques hommes règne l’impression d’être allé trop loin dans les politiques volontaristes d’égalité des genres en favorisant les femmes à leur détriment. Pour M. Brun cette impression, bien que dérisoire, provient de la disparité qu’il existe entre le rapport du nombre de femmes et d’hommes diplômés des grandes institutions d’éducation politique (ENA) et la parité voulue par ces lois. Alors, le problème de représentation des femmes dans les sphères politiques proviendrait-il d’un manque d’accès à ces écoles d’excellence ? Une vraie discrimination existe à l’entrée du concours externe de l’ENA comme nous l’affirme Philippe Brun, 56% d’hommes se présentent et 70% sont admissibles. Il est difficile de comprendre cette différence de chiffre même si elle provient certainement d’une construction sociale des femmes qui les poussent à se censurer et de ce fait, à ne pas présenter le concours

 

Même si le tableau semble sombre, il ne faut pas oublier les progrès qui ont été faits. De nombreux hommes se sont engagés dans les combats d’égalités des genres, on peut citer notamment  Jean-Pierre Chevènement sur l’égal accès des femmes et des hommes dans la vie publique (loi du 6 juin 2000), Sébastien Denaja membre du haut conseil pour l’égalité femme homme et rapporteur du projet de loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes, etc. Enfin, même si cela reste assez rare pour être noté, quelques femmes ont eu en France accès à des postes régaliens, Edith Cresson au poste de première ministre en 1991, Nicole Belloubet au poste de ministre de la justice en 2017, Nathalie Loiseau au poste de ministre des armées, etc. On peut donc penser qu’une réelle évolution des mentalités est en marche et que nous vivons dans une société de plus en plus prête à accueillir les femmes dans les hautes fonctions qui façonnent la vie politique française. Nous avons en Europe de nombreux exemples de pays ayant déjà porté des femmes à l’exercice du pouvoir présidentiel, comme Angela Merkel en Allemagne ou encore Theresa May en Grande Bretagne pour ne citer que les plus connues. Alors demain en France, pourquoi pas une femme présidente ?