Si le cinéma est au pays des blockbusters une entreprise 100% privée, la France a tenu quant à elle à créer en 1946 le Centre national du cinéma de l’image animée, établissement public ayant pour mission de soutenir le domaine de l’audiovisuel français. Tous les ans, le CNC établit différents rapports à ce sujet. Par chance, en mars 2019 a été publiée une étude de 120 pages intitulée « La place des femmes dans l’industrie cinématographique et audiovisuelle », s’inscrivant donc parfaitement dans notre domaine de recherches. Que tirer de cette étude, à propos, plus particulièrement, des réalisatrices dans le cinéma français de 2007 à 2018 ?

 

Malgré une majorité de femmes dans le secteur de l’exploitation cinématographique (51,6% de femmes en 2016), il en va de constater, sans surprises, que les femmes sont toujours minoritaires dans le domaine de la réalisation. Si la part de films français réalisés ou coréalisés par des femmes est passée de 20,8% en 2008 à 27,0% en 2017, elle reste pourtant trop faible, d’autant plus lorsque l’on apprend qu’en 2017, seulement 21,0% des films d’initiative française sont réalisés par des hommes contre 29,7% par des femmes, soit des pourcentages nettement différents. Les femmes sont donc toujours minoritaires en termes de réalisation mais il semble qu’elles se lancent de plus en plus dans ce domaine au cours des années, en France.

 

On remarque également des différences entre la production audiovisuelle de fictions et la production cinématographique. En 2016, 21101 femmes ont travaillé dans les entreprises de production audiovisuelles de fiction (31,9% dans la réalisation) contre seulement 15208 dans la production cinématographique (24,8% dans la réalisation). Les films d’initiative féminine se font ainsi plus rares, et les femmes semblent avoir, encore aujourd’hui, plus de mal à voir leurs films diffusés en salle de cinéma. Pourtant, sur la période 2008-2017, on compte 39 femmes ayant réalisé au moins 3 films et, parmi elles, dont 35,9% pour qui il s’agissait du premier film réalisé.

 

Enfin, si l’on se penche sur les films selon leurs genres, on note que depuis 2008, les femmes ont une large tendance à la réalisation de fiction (un nombre se maintenant autour de 80%). Peu d’entre elles réalisent des films de genre documentaire, et il faudra attendre 2017 pour que, pour la première fois depuis 2008, 2 films d’animation soient d’initiative féminine. Par ailleurs, à hauteur de 30,6%, le genre principal des films réalisés par des femmes au cours de cette dernière décennie est le drame. Pour les films réalisés par des hommes, il s’agit de la comédie, qui représente 26,7% de ces films. Quelle interprétation ces statistiques méritent-elles ?

 

Pour conclure cet article, il est intéressant de préciser que la France se situe en haut du podium européen en termes de réalisation féminine, avec plus de 350 films, soit 35,8% des films réalisés par des femmes sortis en salle de 2012 à 2017. Ces chiffres s’expliquent néanmoins par une production audiovisuelle globale plus forte en France que dans le reste de l’Europe. En première place, la Norvège s’impose avec une part de films sortis en salle réalisés par des femmes à hauteur de 30,9% (contre 24,2% en France). De quoi inspirer ses voisins et, de l’autre côté de l’Atlantique, le #1 de la production cinématographique, dont seuls 8% des films diffusés en salle ont été réalisés par des femmes en 2018.