Je vais vous raconter l’histoire d’un petit garçon de 7 ans nommé Mathéo.

Mathéo adore jouer avec ses nouvelles voitures et son camion de pompier qu’il a eu pour son anniversaire. Parfois il vole les poupées de sa petite sœur pour quelques mises en scène du genre : « ne vous inquiétez pas mon amour je viens vous sauver des flammes ». Mathéo le héros incontesté de ses histoires ne l’est pas moins pour ses parents. En effet, le petit garçon se montre très protecteur avec sa petite sœur et vérifie qu’elle ne se fasse pas embêter à l’école.

Attendez ! Attendez ! Avant de continuer l’histoire, il y a quelque chose qui me tracasse. Pourquoi, dès leur naissance, on inculque aux hommes qu’il faut être courageux, forts voir invincibles. Est-ce que tous les petits garçons ont envie de jouer au pompier ? Est ce qu’ils ont tous envie de protéger une petite fille avec les risques que cela entraîne ? Et pourquoi pas l’inverse ? C’est injuste quand même ! On leur explique qu’ils devront être costaud même s’ils n’ont pas la morphologie pour ni l’envie. Courageux même si cela n’est pas dans leur nature propre. Intelligent parce qu’il faudra ensuite subvenir aux besoins de leur famille. Pourquoi autant de pression, d’enjeu sur un petit garçon qui veux simplement aller jouer avec ses copains et copines ?

Pour répondre à ces questions il faut remonter non pas au père de Mathéo, ni à son grand père, mais à l’arrière-arrière-grand-père du grand-père de Mathéo. C’est à dire à l’époque de l’antiquité grecque où le « mythe de la virilité »[1] prit naissance. En effet, on considérait à cette époque que la perfection humaine était le corps masculin. Cependant, pas n’importe quel corps, celui d’un homme grand avec des « épaules larges, des fesses rebondis et une verge menue »[2]. En plus de ce corps d’Apollon, l’homme doit être doté d’une intelligence suprême pour faire face à toutes les situations. L’homme est donc puissant et maîtrise tout.

A cette époque, être un homme c’est avant tout ne pas être une femme. La femme est ici considérée comme impulsive, lâche et molle. Elle ne contrôle pas ses menstruations, elle est donc passive et définit la molissia (la mollesse). La féminisation est donc la pire des hantises dans l’antiquité et encore aujourd’hui même s’il y a un net progrès. Contrairement à la femme, l’homme est capable de gouverner ses pensées et son corps. Il aurait le pouvoir de contrôler ses érections et ses besoins. Un homme ne doit rien montrer, même bailler ou renifler sont des signes de féminité car incontrôlés. Vous trouvez cela absurde ? Accrochez-vous le meilleur est à suivre.

Comment l’homme devient-il alors viril ? Parce qu’évidemment « on ne nait pas viril on le devient »[3]. Il y avait dans l’antiquité grecque ce qu’on appelait un système pédérastique qui servait de rituel de passage pour faire d’un homme un homme viril. Le protecteur communément appelé l’éraste devait apprendre au jeune homme la virilité. Cela passait par le récit d’histoires héroïques ou l’apprentissage de la philosophie mais également par le rapport sexuel. L’éraste devait pénétrer son apprenti et non l’inverse pour maintenir un rapport de dominance, pour lui transmettre par le sperme la virilité. Ce sperme virilisant contrebalançait le lait de sa mère féminisant. Les romains quant à eux se servaient de petits esclaves sexuels entre 2 et 4 ans pour leur faire des « caresses buccales »[4]. Cette pédagogie visait donc à endurcir l’homme, car un homme un vrai c’est celui qui encaisse les coups. L’homme est donc dressé pour devenir viril.

  Mais pourquoi l’homme veut-il absolument être viril ? La virilité vient du « mythe du guerrier ». L’homme guerrier est celui qui représente parfaitement ce que l’on vient d’expliquer. C’est un bel homme, grand, musclé et qui n’a peur de rien. Autrement dit c’est le summum de la virilité, le graal, le but.  Devenir un homme viril c’est donc devenir un guerrier. La virilité vient du héros et le lâche de la femme. Ceux qui mourraient sur le champ de bataille étaient honorés alors que les autres n’avaient même pas leur nom inscrit sur leur sépulture. Le fascisme est le système qui a poussé au maximum la virilité avec une différenciation extrême entre les hommes et les femmes. Les homosexuels étaient donc les perturbateurs de cette catégorisation et c’est pour cela qu’ils étaient exterminés.

Pour conclure, revenons à notre petit Mathéo. Il n’a à peine 7 ans qu’il est déjà conditionné à devenir un homme viril. Mais après avoir lu tout cela, la virilité est-elle aussi bénéfique pour l’homme que ce que l’on croit ? Bourdieu nous répond et nous dis « la virilité est à la fois un privilège et un piège ». Il est donc très difficile de devenir un « vrai » homme car l’on peut être vite discriminé et exclu.

[1] Olivia Gazalé « Le Mythe de la virilité » – édition Broché 2017

[2] Olivia Gazalé « Le Mythe de la virilité » – édition Broché 2017

[3] Olivia Gazalé « Le Mythe de la virilité » – édition Broché 2017

[4] Olivia Gazalé « Le Mythe de la virilité » – édition Broché 2017

Sources:

Les couilles sur la table- https://youtu.be/BLdVUXD6wH0

Olivia Gazalé « Le Mythe de la virilité » – édition Broché 2017