Quand on parle du cinéma fait par une femme, on imagine un cinéma sentimental, minimaliste, qui filme l’intime & les relations familiales. Aussi, les femmes sont plutôt présentes dans le drame ou la comédie mais quasiment pas de films de genre. Et la réalisatrice Rebecca Zlotowski explique cela de manière toute simple : « C’est un problème de budget. Si les femmes filment le corps, c’est parce que le cinéma grand spectacle coûte cher. Et généralement, on ne confie aux femmes que des budgets de films modestes.”. Et ces informations sont confirmées par les données du CNC montrant que les femmes réalisatrices se voient accordées des budgets en moyenne inférieurs de 2,2 Millions d’euros à ceux des hommes.

Et c’est tout là le problème. Le cinéma féminin existe mais ce n’est pas par choix artistique, elles ne peuvent tout simplement pas faire autrement. Quand on regarde la liste des films français les plus chers, on se rend vite compte qu’aucun film réalisé par une femme ne figure au classement et même qu’aucune femme n’a reçu de budget supérieur à 30 millions de dollars pour tourner son film.

Ce qui est de plus paradoxal dans cette histoire, c’est que les films tournés par des femmes sont le plus souvent très rentable. On pourrait citer L’Amour flou de Romane Bohringer et Philippe Rebbot (155 % de rentabilité, avec un budget de 437 000 euros et 194 000 entrées en salle), La guerre est déclarée de Valérie Donzelli ou bien Polisse de Maiwenn qui a eu plus de 2 millions d’entrée en salle pour un budget de 6 millions d’euros soit 4 millions de moins que « Bienvenue chez les Ch’tits » (sûrement la scène du vélo qui a alourdi le budget).

Parallèlement à cela, il faut aussi aborder un problème inhérent au cinéma français que Vincent Maraval, un des fondateurs de la société de production Wild Bunch qui a notamment produit/distribué The Artist, Le labyrinthe de Pan, La vie d’Adèle ou bien Polisse, a tenté de dénoncer. En 2013, il montre du doigt la flambée des budgets des films et qui sont de moins en moins rentables. Certes il existe certains grands succès mais ces succès ne sont en aucun cas une généralité. Ils en feraient presque oublier que c’est plus de 240 autres longs métrages qui sont produits chaque année en France et que plus de la moitié ne sont jamais rentabilisés.

Beaucoup de raisons sont invoquées pour expliquer ce chiffre (le cachet grandissant des acteurs, une surenchère des boites de production…) mais cela n’empêche que c’est une réalité qui continue encore aujourd’hui.

Et c’est ici que se pose la question, l’avenir du cinéma français est-il entre les mains des femmes ? Lorsqu’on voit les films et les chiffres qu’elles sont capables de faire avec beaucoup moins d’argent, on peut être tenté de répondre à l’affirmative. Laissons faire le temps, l’avenir nous donnera peut-être (sûrement) raison.

Zoé Bergmann