Nous avons pu observer la sous-représentation de la diversité des femmes dans la presse féminine. Celle-ci ne montre qu’une seule image de la femme, elle n’est pas représentée dans toute sa diversité d’âge, de morphologie ou de couleur de peau.

La presse féminine ne change rien bien qu’elle en soit consciente. Qu’est-ce qui empêche la représentation de la diversité aujourd’hui ?

 

Pour répondre à la question, nous allons nous pencher sur les couvertures de magazines féminins. D’après une étude du site Thefashionspot, les magazines réservent majoritairement leurs couvertures aux personnalités blanches. En décembre 2019, Thefashionspot a analysé les couvertures de 51 des meilleurs nationaux, internationaux. Le résultat est peu satisfaisant : bien que certains magazines essayent de représenter plus de diversité ces dernières années (voir graphique), les modèles blancs représentent toujours une majorité en moyenne et dans certains pays cette majorité est très imposante.

 

En 2018, la diversité des couvertures s’était considérablement améliorée avec un record de 37,7 % des couvertures destinées aux personnes de couleur, contre 32,5 % l’année précédente. C’est une augmentation considérable. Malheureusement, de 2018 à 2019, aucun progrès n’a été enregistré.

37 % des couvertures sont réservées à la diversité mais Thefashionspot a comparé les magazines Vogue à travers le monde et on constate que certains pays présentent des couvertures étonnamment blanches avec pour exemple, un pourcentage de 0 % pour Vogue Pologne, 8 % pour Vogue Paris.

 

  • Vogue India 100 %
  • Vogue Taiwan 100 %
  • Vogue Arabia 80 % (une femme de 50 ans et plus)
  • Vogue Mexico 79 % (dont deux femmes de grande taille, dont une de plus de 50 ans)
  • Vogue Hong Kong 75 % (dont une actrice 54 ans)

           …

  • Vogue Allemagne 10 %
  • Vogue Portugal 8 %
  • Vogue Paris 8 %
  • Vogues République tchèque 7 %
  • Vogue Poland 0 %

 

Pourtant nombreuses, les femmes de tous types de profil lisent la presse féminine, des femmes asiatiques, métisses, aux cheveux frisés, à la peau noire, avec une taille supérieure à 40, un âge supérieur à 50 ans sans pouvoir s’identifier au profil de la femme présentée, aux rubriques ou produits proposés

Une styliste d’un grand féminin français confie que « Même dans le choix des plus petites images du magazine qui illustrent des rubriques shopping ou beauté, cette question se pose. L’iconographe va inévitablement choisir un mannequin blanc même s’il sagit d’un focus main ! ». De plus « Lorsqu’un mannequin noir est choisi, c’est pour une rubrique spéciale beauté dédiée aux femmes noires. Pourtant, on n’a jamais vu de numéro spécial beauté blanche ! ».

 

 

Bien que les statistiques ethniques soient en principe interdites en France, une enquête de l’Ined estimait qu’environ 30 % de la population française est constituée de personnes d’origines « non blanche ». Alors pourquoi la représentation des femmes est limitée à un profil seul en France ?

Selon Marie Van de Voorde, directrice du marketing client du groupe Condé Nast France, une baisse des ventes de 15 % a été observé lorsqu’une femme non blanche parait en couverture

« Quand j’ai commencé, il y a 21 ans, on m’a dit qu’il était compliqué pour moi d’apparaître sur les couvertures de magazines car les personnes noires ne faisaient pas vendre », écrit Beyoncé dans les pages du Vogue américain 2018, première fois que le magazine fondé en 1892 faisait apparaître une femme noire pour son numéro de septembre.

Alexandra Shulman, ancienne rédactrice en chef du Vogue britannique, a fait paraître seulement huit femmes noires en couverture du magazine au cours de ses 25 années d’expérience, elle a déclaré que « si elle mettait un visage noir sur la couverture qui n’était pas immédiatement reconnaissable » le magazine « vendrait moins de copies ». Lorsqu’une femme de couleur paraît en couverture, sans aucune surprise, une star est donc choisie, Rihanna ou encore Beyoncé. On veut bien mettre une femme « non blanche » en couverture si celle-ci réalise des ventes.

Mais cette domination des mannequins blanches, ne peut être justifiée par la baisse des ventes. Les magazines peuvent équilibrer les baisses avec des numéros collectors.

 

Aujourd’hui le combat des femmes « non blanches » n’est pas le seul, qu’en est-il des femmes qui taillent grand, plus âgées, transgenres ?

Dans la presse féminine, il y’a un modèle à atteindre, la femme a la trentaine, elle est belle, hétérosexuelle, mince, blanche.

L’industrie de la presse féminine observe une baisse des ventes, ces dernières années. Les lectrices se rendent-elles compte qu’elles ne s’identifient pas aux modèles présentés ?

Pourquoi ne pas imposer aux magazines un quota de femmes plus diversifiées pour satisfaire toutes les femmes ?