D’après une étude américaine de 2017, 56% des candidats ont la chance de remporter une élection s’ils sont beaux, contre 44% pour leurs rivaux un peu moins séduisants. Ainsi, l’apparence voire la beauté en politique participent à une certaine réussite. Qu’en est-il des femmes ? Longtemps oubliées du cercle du pouvoir et aujourd’hui présentes à seulement 39,5% à l’Assemblée Nationale, les femmes n’échappent pas à ces canons esthétiques. Scrutées, dévisagées, déshabillées, relookées, analysées, commentées, évaluées sur leur corps, leur tenue, leur voix, leurs gestes : les femmes n’échappent pas à cette doctrine et y sont même davantage confrontées que les hommes. Une politicienne, Nadia Pellefigue, en a déjà fait l’expérience et témoigne d’une discrimination encore fortement présente en politique sur l’apparence physique.

En 2012, au cœur de l’Assemblée Nationale, Cécile Duflot, alors Ministre de l’égalité, des territoires et du logement, se fait siffler par certains députés masculins alors qu’elle allait prendre la parole. En cause : la robe à fleurs qu’elle portait ce jour-là. Cet exemple est le symbole d’une réelle discrimination entre femmes et hommes en politique car la femme, avant même qu’elle n’ait pu prononcer son discours et donc exprimer ses idées, est déjà jugée, catégorisée voire moquée sur son esthétique. Un homme avec un costume à fleurs, une cravate colorée ou une chemise hawaïenne se ferait-il siffler de la sorte ? Probablement pas…même si nous n’avons aucun exemple pour l’attester. En effet, aucun homme ne s’est jamais présenté ainsi au sein du Palais Bourbon. La tenue vestimentaire masculine en politique est effectivement relativement simple : un costume 2 pièces, noir ou bleu marine, avec un changement de cravate en fonction de l’occasion. Pour les femmes, il en est d’une toute autre difficulté face au jugement et à la menace sexiste qui pèsent sur elle.

Cela découle sans doute du fait que l’Assemblée Nationale, comme les autres lieux politiques en France, a longtemps été exclusivement occupée par des hommes. Il s’y est alors développé une culture machiste dont certains hommes ont encore du mal à se détacher. Aussi, la dérogation aux normes vestimentaires est jugée plus grave pour les politiciennes, car elles bousculent déjà les stéréotypes quant à la place des femmes dans la société.

Cependant, Simone de Beauvoir va plus loin : selon elle, la fixation autour du vêtement signalerait l’ambiguïté de leur statut et serait le symptôme d’un malaise plus large à l’égard des femmes comme sujet politique. Le vêtement signale le statut social, souligne le degré de désirabilité d’une femme et révèle sa personnalité. Ainsi, il rend à la fois visible une femme, en même temps qu’il l’ostracise. Si certaines situations renvoient aux tenues féminines, c’est pour ramener les femmes à leur statut d’objet, évitant ainsi de les considérer comme des sujets politiques autonomes.
Face à ce dogme, certaines femmes en viennent alors à se saborder ou à s’auto-censurer de leur plein gré. Nadia Pellefigue, candidate cette année aux municipales de Toulouse, nous confiait éviter certaines tenues « fantaisistes », estimant que cela pourrait peut-être nuire à sa « crédibilité ». Elle nous expliquait également que les voix des femmes peuvent être une source de discrimination : les tessitures des voix féminines sont parfois « ridiculisées », à plus forte dose que celles des hommes, et les pistes de sons des radios, par exemple, sont majoritairement réglées sur les voix graves des hommes, ce qui impacte le discours des femmes lorsqu’elles prennent la parole.

Même si cette apparence physique alimente donc encore un certain nombre de discriminations en politique, il semblerait que le XXIème siècle se soit mis en quête de remettre en question et de combattre ce sexisme, considéré parfois comme intrinsèque à la politique. En effet, en 2017, le musée des Arts décoratifs de Paris proposait une exposition intitulée « Tenue correcte exigée : quand le vêtement fait scandale », rassemblant près de 400 pièces ayant fait polémique du XVIème siècle à nos jours. Parmi les pantalons de tailleurs des 90’s ou les mini-jupes du couturier André Courrèges, le musée a choisi d’exposer la robe portée par Cécile Duflot en 2012, désormais « symbole du sexisme en politique », comme elle le reconnaitra elle-même. Un premier pas, peut-être, dans cette lutte aux discriminations physiques exercées dans l’antre du pouvoir, sous le regard connaisseur et méfiant du buste d’Olympe de Gouges, exposé depuis 2016 à l’Assemblée nationale…

Sources :
° Interview avec Nadia Pellefigue
° ledevoir.com
° lepoint.fr
° Wikipedia