Les studios Walt Disney ont vu le jour en 1925. Le monde merveilleux qu’ils animent dans leurs films fait rêver grands et petits depuis des générations. Ces dessins animés ont intéressés des professionnels de la sociologie, qui ont étudié de près les représentations qu’ils véhiculent. Plusieurs de ces chercheurs, dont Pierre Bourdieu et Simone De Beauvoir, ont constaté une tendance à généraliser le statut des hommes et celui des femmes, en ce qui concerne leurs comportements et leurs physiques. C’est ce qui génère des stéréotypes du rôle masculin et féminin. Mais alors, comment est représentée la féminité dans ces films d’animation si célèbres ? Y a-t-il eu une évolution dans cette représentation ?

Tout d’abord il est important de préciser la définition de stéréotype de genre que nous considérons. Un stéréotype est une caractérisation symbolique et schématique d’un groupe qui s’appuie sur des attentes et des jugements de routine selon le dictionnaire Larousse. Le problème des ces stéréotypes est qu’ils sont réducteurs et ne laissent alors plus de diversité possible.

Concentrons-nous sur les princesses Disney. Elles partagent plus de points communs que de différences. En effet, elles sont toutes gentilles, maladroites, sentimentales, dociles, dévouées, douces, soucieuses du ménage et de la propreté, ce qui pourrait être plus diversifié. Leur modèle est le plus souvent calquée sur celui des femmes « idéales » en Occident et en Amérique. Bien qu’il existe des héroïnes appartenant à d’autres cultures telles que Mulan, Pocahontas ou Jasmine, elles n’en restent pas moins très occidentalisées, ne laissant que peu de place à leur propre culture.

Concernant leur physique, toutes ces héroïnes jouissent évidemment de traits fins et jolis, conformes aux normes de beauté de leur époque. Leur beauté devient alors leur caractéristique principale, sans aucune exception. Si nous prenons l’exemple de Blanche-Neige on remarque qu’elle correspond aux standards des stars hollywoodiennes de son époque : teint pâle, rouge à lèvres et cils recourbés. Ce personnage, animé en 1937, est l’idéal de la beauté de cette génération.

Dans les longs-métrages qui vont suivre, toutes les princesses suivent le même schéma. Leur personnalité se résume à celle des femmes au foyer, soucieuses du ménage et de la cuisine et vouées à s’occuper des autres. Ayant pour objectif de se marier, elles ne peuvent s’épanouir sans avoir trouvé leur prince charmant. A cette époque, ce schéma de vie ne choque personne.

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En 2000, une chercheuse de l’Université d’État du Dakota du Sud, Beth Wiersma, a étudié 16 dessins animés Disney sortis entre 1937 et 1995.
Elle a démontré que dans ces films les femmes étaient plus susceptibles d’effectuer des tâches ménagères que les hommes. Quant à eux, ils se retrouvaient six fois plus souvent en situation d’autorité.

Progressivement, la mentalité vis-à-vis du rôle des femmes a évolué, forçant les productions Walt Disney à en faire autant. Les héroïnes plus modernes des dessins animés sortis après 2010 comme Mérida, Raiponce ou encore Elsa sont plus sûres d’elles et libres, elles ne sont plus sous l’autorité d’un père ni d’un mari. Leurs activités également évoluent et ne se résument plus aux tâches ménagères. En effet elles sont plus courageuses, Mulan part à la guerre, Mérida se révolte, d’ailleurs exprimé par le titre français du film : « Rebelle ». Les nouvelles héroïnes deviennent donc plus affirmées que les princesses plus anciennes.

Cependant ces évolutions restent à nuancer. Physiquement, malgré certaines diversités apparentes comme la couleur de peau ou la texture des cheveux, les héroïnes Disney conservent toujours une silhouette très fine et des traits du visage similaires. Les méchantes restent bien souvent des femmes laides. Côté caractère, leur évolution reste très relative. Prenons l’exemple de Mérida dans Rebelle. Certes au départ la princesse veut échapper à l’autorité de ses parents et avoir sa liberté. Elle ne veut pas se marier et souhaite faire la bagarre, manier les armes, au grand désespoir de sa mère qui n’accepte pas de telles activités pour sa fille. On a affaire ici à une princesse qui veut casser les codes. Pourtant, à la fin du récit, Mérida se plie au exigences de sa mère et abandonne les privilèges masculins pour revenir à sa place de femme, symbolisée par le tissage d’une toile. Si ce n’est pas un cliché ça ! Certains stéréotypes de genres restent ancrés.

Ainsi, la représentation de la femme dans les films Walt Disney a évolué, les femmes s’affirment plus et leurs vies ne se résument plus au désir de fonder et s’occuper de sa famille. Cependant, il faut prendre du recul vis-à-vis de ces évolutions car il reste toujours des axes de progression pour rendre les personnages féminins plus réalistes et libres.

Si les studios Walt Disney sont souvent les premiers auxquels on pense lorsqu’on s’intéresse aux films d’animation, ils ne sont pas les seuls. Concentrons-nous maintenant sur les dessins animés diffusés à la télévision.

Dans les dessins animés Petit Ours brun ou l’Ane Trotro, on est en plein dans les stéréotypes bien qu’ils ne soient pas physiques. C’est toujours la maman qui porte le tablier et fait la cuisine. Dans une de ses études, Mme Francine Descarries, professeure au Département de sociologie de l’Université du Québec, indique que la première fois que Barbie a parlé en 1968, elle avait 6 phrases à son répertoire telles que « Comme j’aime être mannequin » et « J’ai un rendez-vous ce soir ! ». En 1992, elle n’avait pas un quotient intellectuel plus élevé, ses phrases étaient « Les mathématiques sont difficiles. » et « Allons au bal. ». Dans les séries animées comme Princess Sofia, Piny et Monster High, les histoires sont très simples tournant majoritairement autour de la mode et des vêtements. Les tons dominants sont le rose et le violet. Ces critères peu diversifiés réduisent la féminité et ont donné lieu à des interrogations à propos de l’impact sur la construction de l’enfant.

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Deux chercheuses du Massachussetts ont constaté un réel impact sur le comportement des enfants. Leur étude réalisée sur 31 enfants de 3 à 5 ans a permis de déterminer que le comportement des jeunes filles était brutalement modifié dès l’instant où elles enfilaient un costume de princesse. Elles portent beaucoup plus d’attention à leur apparence physique et imitent leurs mouvements. De plus, avant de se déguiser elles jouaient avec les garçons mais une fois dans leur costume, elles n’acceptent leur compagnie seulement s’il s’agit de les secourir. Une autre étude menée par Sarah Coyne sur 198 enfants a prouvé que les filles exposées à des produits de l’univers Disney que ce soit des films ou des jouets modifiaient leur comportement. 96% des filles tentent de ressembler aux princesses et de reproduire les schémas véhiculés dans leurs histoires. Quant aux garçons, ils sont 87% à s’identifier et être influencer par les princes. Ces représentations limitées de la femme auront tendance à faire souffrir les femmes lors de leur construction mais à l’inverse cela agira positivement sur le comportement des garçons. De plus, Peggy Orenstein, auteure du livre « Cindrella Ate my Daughter » a démontré que l’obsession de la beauté dans l’univers Barbie augmentait considérablement la vulnérabilité des filles. Par conséquent, cela augmente le risque de développer des troubles alimentaires, ou encore des dépressions. En effet, les jeunes filles auront tendance à vouloir se comparer sans cesse.

Pour conclure, nous avons vu que certains studios d’animation ont fait des efforts et ont permis des évolutions dans la représentation de la femme. Cependant, ce n’est pas la majorité et beaucoup de productions présentent encore des stéréotypes. Le chemin à parcourir est encore long avant d’arriver à une représentation honnête et réaliste de la femme. Nous avons également vu que les enfants sont largement influencés par ce qu’ils voient dans les productions animées et s’identifient facilement.

Que ce soit dans leur comportement ou dans leur façon de penser, les stéréotypes ont tendance à limiter leur liberté en les enfermant dans un rôle prédéfini qu’ils idéalisent. Il faut être très vigilant et on espère une meilleure prise de conscience de la part des studios d’animations !

SOURCES :

https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/st%C3%A9r%C3%A9otype/74654

http://artehistoire.over-blog.com/2015/08/les-stereotypes-de-genre-dans-les-dessins-animes-de-walt-disney.html

https://disney.fr/films

https://www.pixelcreation.fr/galerie/voir/rebelle/04-rebelle-brave/

https://www.franceculture.fr/litterature/belle-au-bois-dormant-predateur-sexuel

http://doc.sciencespo-lyon.fr/Ressources/Documents/Etudiants/Memoires/Cyberdocs/MFE2010/dagorne_e/pdf/dagorne_e.pdf

https://sante.lefigaro.fr/article/comment-disney-et-ses-princesses-faconnent-les-petites-filles/

https://link.springer.com/article/10.1007%2Fs11199-017-0773-8?utm_medium=affiliate&utm_source=commission_junction&utm_campaign=3_nsn6445_brand_PID100003894&utm_content=de_textlink

https://next.liberation.fr/culture/2017/10/31/dessins-animes-il-est-important-d-offrir-aux-enfants-une-diversite-de-modeles_1606181

https://enseignerlegalite.com/wp-content/uploads/2019/03/Les-livres-et-les-jouets-ont-ils-un-sexe.pdf

http://www.scf.gouv.qc.ca/fileadmin/Documents/Stereotypes/resume-entre-le-rose-et-le-bleu.pdf

https://news.byu.edu/news/disney-princesses-not-brave-enough