Chers lecteurs, notre article du jour diffère de ce que nous avons pu faire jusqu’à maintenant. Dans nos articles précédents, vous avez pu apprendre – via des infographies, des articles historiques et des “le saviez-vous ?” – beaucoup d’informations et d’aberrations (nous l’espérons) sur la représentation de la femme dans la presse féminine. Mais aujourd’hui, le format est différent. Pour permettre d’intensifier notre savoir sur le sujet, nous avons souhaité interviewer une professionnelle du milieu, j’ai nommé Madame Isabelle MOTROT, directrice de la rédaction du magazine Causette. En effet, il est important selon nous d’avoir les avis des personnes créant des magazines féminins sur ce qu’ils produisent. La discussion a été brève avec d’autres grands magazines puisque nous n’avons pas eu de réponses. Mais Causette a tout de suite répondu à nos sollicitations, et c’est avec simplicité que nous avons réussi à échanger sur le thème des magazines et de la place de la femme dans ces derniers. Causette se veut être un magazine véritablement féministe alors qu’en est-il ?

Zoom sur l’envers du décor du magazine Causette.

 

Qui êtes-vous ?

Isabelle MOTROT, directrice de la rédaction.

 

Depuis quand travaillez-vous chez Causette ?

Depuis 2012, d’abord comme pigiste, puis en intégrant la rédaction.

 

Quel est votre rôle dans le magazine ?

Je supervise le sommaire du mensuel, je dirige les hors-série et toutes les opérations parallèles (événement, Prix de l’Essai féministes, formations, etc.).

 

Définissez Causette en quelques mots (mode de fonctionnement, cible, style, thématiques, etc.).

Causette est un magazine généraliste et féministe.

 

Que pensez-vous des magazines féminins actuels ?

Ils sont souvent inféodés aux annonceurs, et donc sont dans le paradoxe : ils font des articles « féministes » et trois pages plus loin des articles sur « Rester jeune » « Comment perdre 5 kilos », etc. Totalement contradictoire.

 

Selon vous, en quoi Causette se distingue des autres magazines féminins ?

Nous ne sommes pas inféodés aux annonceurs. Nous en avons très peu et nous les choisissons. Du coup nous sommes libres de parler de tout. Nous n’avons pas besoin de faire des pages conso, mode, cuisine etc. Nous sommes du coup beaucoup plus généraliste.

 

Les magazines féminins doivent-ils être féministes ?

Non, pas forcément. Mais s’ils le revendiquent, c’est dommage de ne pas être cohérent.

 

Les magazines féminins accompagnent-ils l’émancipation des femmes ?

Ça dépend desquels !

 

Comment travaillez-vous vos articles pour ne pas tomber dans le piège des stéréotypes ?

Nos journalistes sont engagées, et les articles sont lus et relus, donc aucun stéréotype ne peut nous échapper !

 

Que pouvez-vous nous dire sur la liberté de diffusion des journalistes ? Peut-on tout dire chez Causette (sujets tabous, censure, sujets dépassés, etc.) ?

On ne peut pas tout écrire dans Causette. D’abord il y a la loi (pas d’injures, pas d’incitation à la haine…) et par ailleurs, nous sommes engagées dans la lutte pour les droits des femmes, ce qui sous-entend que des propos machistes, par exemple, ne correspondent pas à la ligne rédactionnelle.

 

La presse connaît une diminution dans la diffusion de ses magazines, une baisse d’autant plus marquée dans la presse féminine et notamment chez Causette, comment expliquez-vous ce phénomène ?

La presse écrite n’intéresse plus des toutes les jeunes générations qui sont habituées à une autre façon de s’informer ou de se distraire. Et même pour les plus âgés, on trouve gratuitement et facilement toutes les infos en ligne.

 

Dans la rubrique « On nous prend pour des quiches » sur votre site internet, vous dénoncez grâce à des articles un fait divers sexiste ou absurde, recevez-vous beaucoup ce genre de fait divers machistes ? Observez-vous une évolution ?

Nous en recevons beaucoup et hélas, ça n’évolue pas ! Malgré les prises de conscience féministes, il y en a pratiquement toujours autant.

 

Pensez-vous que les hommes peuvent s’intéresser à la presse féminine ? Ou pensez-vous que l’avenir de la presse est une presse non genrée ?

Nous avons toujours pensé que l’avenir est à la presse non genrée, et nous nous efforçons de faire en sorte que les hommes puissent aussi nous lire avec plaisir.

 

Pour vous, que représente la femme d’aujourd’hui et celle de demain ?

Celle d’aujourd’hui est forte et combative, elle commence à se rebeller un peu partout. Celle de demain, je l’espère, aura gagné ses combats. :+))

 

 

Pour conclure cet interview, nous pouvons remarquer que Causette est un magazine qui se positionne différemment et ne s’adresse pas qu’aux femmes. Causette s’adresse aux vraies personnes d’aujourd’hui, c’est déroutant dans le milieu de la presse magazine ! Et pour cela, nous vous proposerons de revenir sur Causette plus en détails lors de l’un de nos prochains articles.