« Margaret Thatcher », « Angela Merkel », « Theresa May », “Hillary Clinton” … Voici les noms qui ressortent lorsque l’on demande à des étudiants de citer des femmes politiques. Aucune personnalité française. Et lorsqu’on leur demande de citer une femme ministre très peu sont dans la capacité de répondre. Ce n’est toutefois pas le cas lorsqu’on leur demande de citer un homme ministre.

Mais alors qui est à blâmer face à ce manque de connaissance des politiciennes ? Les jeunes ? Le manque de médiatisation des femmes sur la scène politique ? La qualité des postes que les femmes occupent ?

Le but de notre étude est d’analyser le rapport que les jeunes ont avec la politique, en tant que citoyens : quelle vision ont-ils de la femme en politique ? La jeune génération est un élément clé dans cette réflexion car ce sont eux les dirigeants du monde demain, l’avenir politique du pays est entre leur main. Dès lors, connaitre leur point de vue, leurs inquiétudes et leurs espérances est capitale.

L’une des institutions les plus célèbres où l’on peut s’attendre à un certain enseignement de l’égalité femmes/hommes mais surtout à un enseignement dans le domaine politique c’est bien à Sciences Po. Il existe aujourd’hui un master permettant d’axer la recherche et l’enseignement sur la place des femmes en politique intitulé « Politique, discrimination et genre ». L’introduction de ces enseignements dans les écoles est le témoignage d’un véritable besoin d’informer les jeunes et d’une prise de conscience d’une situation inégalitaire entre les hommes et les femmes dans la sphère politique afin d’inciter les jeunes à la combattre. On y trouve un enseignement théorique et sociologique qui vient analyser le manque de représentation des femmes en politique expliqué comme le produit d’une histoire sociale dont les fondements sexistes sont encore présents aujourd’hui. 

On observe aussi une volonté chez certains jeunes de s’investir pleinement en politique et surtout de changer les choses vis-à-vis des inégalités de genre dans ce domaine. C’est le cas de Nadia, 26 ans, Coordinatrice régionale des jeunes socialistes qui a accepté de témoigner de son engagement. Membre d’une association féministe et militante depuis son plus jeune âge, Nadia est revenue pour nous sur les différentes actions mises en place pour aider les femmes à s’insérer dans la sphère politique mais aussi pour faire évoluer les mentalités. L’un des éléments clés de ce combat passe par la prise de parole. En effet, on observe souvent et ce dès le plus jeune âge que les femmes ont des difficultés à prendre la parole spontanément, dû à un phénomène d’autocensure et d’un sentiment de non-légitimité. Ainsi, l’une des actions évoquées par Nadia est la volonté d’inciter les femmes à prendre la parole lors des réunions : par la création de tour de paroles paritaire par exemple. Il y aussi la mise en place de cellule d’écoute et aussi la création de binôme paritaire au sein du parti.

Mais au-delà du manque de médiatisation des femmes sur la scène politique, ce que l’on peut remarquer suite à l’expérience de Nadia, c’est l’importance du machisme au sein du domaine politique. Tout d’abord, pour qu’une femme se fasse entendre sur la scène politique nous pouvons constater qu’il faut qu’elle parle fort : elle se retrouve contrainte à devoir s’exprimer avec la même virulence qu’un homme pour se faire remarquer. Elle doit ainsi endosser des caractéristiques que l’on peut qualifier de masculines pour être entendues. Cependant cela donne suite à des accusions « d’hystérie ». De plus, le machisme est un phénomène aussi très présent dans le domaine politique. Les compétences de la femme sont nettement moins mises en valeur que celles d’un homme. A compétences égales, on valorisera davantage le physique ou la tenue d’une tenue. Autant de facteurs qui montrent la difficulté que rencontrent les femmes à s’insérer dans ce domaine encore beaucoup trop préempté par les hommes.

Cependant, on observe depuis quelques années une volonté chez les jeunes femmes de s’affirmer et de se faire une place sur la scène publique. En effet le mouvement « Me Too » fortement porté par la jeune génération apparait comme un message d’espoir pour les jeunes femmes. Si ce mouvement est à l’origine un encouragement pour les femmes à s’exprimer au sujet du viol ou des agressions sexuelles qu’elles ont pu subir, il est aujourd’hui le moteur d’une nouvelle vague de féministe auprès de la jeune génération. Il a d’ailleurs été cité de nombreuses fois lors de nos interviews par les jeunes que nous avons pu interroger. Ainsi, si le chemin est encore long peut-être peut-on espérer de nouvelles évolutions ? Une meilleure insertion des femmes sur la scène politique ? Une meilleure représentation féminine ? Une baisse du machisme ordinaire ?