Les femmes ont la vie dure oui mais pas seulement dans la réalité. Dans leurs représentations également notamment dans les bandes dessinées. À la suite du sondage sur les bandes dessinées réalisé par notre groupe, seulement 21,7% d’entre vous continuent d’en lire. Mais j’aimerais poser une question à ces 21,7% de personnes- et aussi aux autres bien évidemment : pensez-vous que les femmes ont toujours eu une place aussi importante que celle des hommes dans les bandes dessinées ? Eh bien non et c’est le point que nous allons aborder aujourd’hui. Beaucoup ne se rendent même pas compte que les femmes n’ont pas été l’égal de l’homme dans les bandes dessinées. En fait, on constate que la représentation des femmes dans les bandes dessinées a été un combat à l’image de celui que les femmes ont eu à mener pour obtenir des droits identiques à ceux des hommes.

Prenons les monuments de ce monde. Si je vous dis bande dessinée ? Vous me répondrez sans nul doute – car c’est celles-là qui vous viendront naturellement à l’esprit – Tintin ou encore Astérix et Obélix. Eh bien soit, étudions l’une d’elles. Prenons Astérix et Obélix. Tout d’abord, les femmes sont absentes du premier album. Il faut attendre 1972 pour les voir goûter à la potion magique qui rend les Gaulois si forts et deux années supplémentaires pour les voir apparaître au banquet. Cependant, leur rôle est partiel : elles sont là uniquement pour entretenir le foyer et soutenir leur homme dans la vie quotidienne. Ensuite, les stéréotypes sont très présents. Physiquement, les femmes sont caricaturées. D’un côté, il y a la fabuleuse Falbala aux longs cheveux blonds, à la silhouette sensuelle et au visage d’ange et, d’un autre, on retrouve la rondelette Bonemine. Mais elles sont d’une grande aide intellectuelle pour ces messieurs. Toutefois, on remarque qu’elles ne sont pas dépourvues de caractère : elles sont toujours prêtes à user de la violence pour se faire respecter des hommes. Mais ce n’est pas leur fort caractère qui leur permettra d’accéder aux postes à responsabilités tel que celui de Druide. Il semble qu’il y ait un plafond de verre dans l’univers d’Astérix et Obélix! Par ailleurs, elles n’apparaissent que très peu de fois. Même si l’album porte le nom d’une femme, en aucun cas elle n’est le personnage central de l’intrigue. Comme dans la réalité, les femmes sont présentes mais leur rôle est éclipsé par celui des hommes. Elles sont dans l’ombre et le reste ; tout comme dans la réalité, les femmes, il y a des décennies, étaient considérées comme des organes reproductifs et rien d’autre. Un autre élément intéressant est que, dans cette BD, les femmes sont synonymes de malheur. Les hommes ont peur d’une chose que le ciel leur tombe sur la tête et la principale raison de ce drame serait l’interférence des femmes dans les affaires « d’hommes ». Cette peur des femmes est aussi présente dans la réalité. Pour ne citer qu’un exemple, je parlerai du domaine maritime. Depuis l’Antiquité, les femmes ne sont pas les bienvenues à bord d’un bateau : elles porteraient malheur. Dans Astérix et Obélix, les hommes, eux aussi, n’échappent pas à la caricature : ils sont représentés comme des êtres uniquement centrés sur leurs capacités physiques et leurs personnages sont souvent tournés en ridicule. La série Astérix et Obélix, qui compte à son actif 38 albums, n’a pas vu ses personnages féminins devenir de véritables femmes indépendantes. A travers cette démonstration, il est flagrant que cette BD se calque sur la situation des femmes dans la société dans laquelle nous vivons et traduit de manière flagrante la vision des hommes sur la société.

Ce monument de la bande dessinée a été créé par des hommes et est destiné à des garçons. Alors, on peut se douter que ceux-ci, en pleine construction mentale, se voient à travers eux. Tout ce qu’ils lisent, voient, entendent participent à leur construction. C’est de cette manière que les enfants intègrent une vision préfabriquée et standardisée des rôles des hommes et des femmes dans la société. Selon une étude datant de 2017 réalisée par le Journal Adolescent of Health, les enfants incorporent les stéréotypes de genre à leur mentalité dès leur plus tendre enfance.  De nos jours, afin de déconstruire les stéréotypes de genre, des illustrateurs-auteurs créent des bandes dessinées dénuées de stéréotypes qui visent à libéraliser les comportements genrés. L’illustratrice québécoise Elise Gravel est notamment impliquée dans ce combat. De même, nous pouvons citer Diane le Feyer, l’illustratrice de Mortelle Adèle. C’est l’histoire d’une jeune fille rebelle à l’humour noir qui vit sa vie comme elle l’entend. Cependant, on remarque que la représentation des genres tend à s’exacerber avec le phénomène de l’édition genrée. L’édition genrée est un mode d’édition basé sur le genre. Ainsi, il y aura des livres pour les filles et d’autres pour les garçons. On pourrait citer Emma et Capucine, Les nombrils et Les Sisters ou encore Lucky Lucke.  Dans les mangas, les bandes dessinées japonaises, il en est de même. Il y a plusieurs catégories de mangas. Parmi elles, on retrouve les sh­onen et les shojo. En fait, ces catégories décrivent une population ciblée. Ainsi, les shonen visent une population masculine âgée entre 8 et 18 ans tandis que les shojo ciblent une population féminine du même âge. Cette édition genrée favorise un comportement bien spécifique des genres : les filles sont décrites comme sensibles, elles sont de véritables princesses en détresse même si elles peuvent faire preuve d’un certain courage, par exemple, dans Vampire Knight. Dans les shonen, le garçon part souvent à l’aventure et surmonte tous les obstacles. Naruto, One Piece, Fairy Tail, Bleach, … pour ne citer qu’eux. Quant à leur vente en librairie, on voit souvent des coins respectifs pour chaque type de manga : pour les shojo, ce sera un amas de rose, violet et mauve. Tout ce qui ravit les jeunes filles … Selon les éditeurs.

Tandis que les histoires des bandes dessinées et les lectures de celles-ci tendent à se diversifier, la représentation des femmes dans le secteur augmente mais elles font toujours face à de nombreux problèmes : le sexisme, la sous-représentation, la réduction à un certain type de contenu avec pour raisons le sexe, la non-reconnaissance, … Les femmes sont clairement discriminées. Face à ces injustices, des autrices se sont réunies pour lutter contre le sexisme : il s’agit du Collectif des Créatrices de Bandes Dessinées Contre le Sexisme. D’ailleurs, cette année, au fameux Festival de la BD d’Angoulême, se sont vues récompensées trois femmes : Camille Jourdy avec son livre Les vermeilles a remporté le Prix Jeunesse, Nicole Claveloux a gagné le Prix du patrimoine avec La main verte et autres récits et enfin Chloé Wary, le Prix du public France Télévisions avec Saison des roses. Cela semble peu mais c’est déjà une grande avancée au vu des événements de l’édition de 2016. En 2016, comme pour les trois années précédentes, la liste des auteurs nommés pour concourir au Grand Prix ne contenait qu’une femme : Marjane Satrapi. Une femme sur trente personnes, 3% de femmes pour concourir au Grand Prix, un pourcentage ridicule. La chance qu’une femme puisse donc le gagner est infime. Dès lors, le Collectif des Créatrices de Bandes Dessinées Contre le sexisme a appelé au boycott. A la suite de ce soulèvement, le délégué général du festival Franck Bondoux a annoncé que 7 autres autrices serait ajoutées à cette même liste. Une blague …

Ainsi, ces événements montrent que la représentation des femmes a évolué dans le secteur des bandes dessinées que ce soit dans le dessin lui-même où dans le monde professionnel. Cependant, il reste toujours des problèmes liés aux discriminations que les femmes peuvent subir et aux stéréotypes de genre qui continuent de circuler à travers ces BD notamment avec l’édition genrée.

Mérédith Valgaire

 

Sources :

https://books.openedition.org/psn/7005

https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/emissions/littoral-le-magazine-des-gens-de-mer/une-femme-sur-un-bateau-c-est-comme-un-lapin-ca-porte-malheur.html

https://www.neonmag.fr/bd-les-garcons-peuvent-pour-deconstruire-les-stereotypes-de-genre-des-lenfance-500138.html

https://www.huffingtonpost.fr/2018/01/16/cette-illustratrice-deconstruit-tous-les-stereotypes-de-genre-chez-les-enfants_a_23334726/

https://www.actualitte.com/article/bd-manga-comics/la-bande-dessinee-en-france-chiffres-et-etat-des-lieux/98579

http://bdegalite.org/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Festival_d%27Angoul%C3%AAme_2020

https://fr.wikipedia.org/wiki/Festival_d%27Angoul%C3%AAme_2016

https://culturesgenre.wordpress.com/2013/05/28/de-linconvenient-detre-feministe-en-librairie-jeunesse/