Durant nos recherches de personnalités politiques à interviewer et afin d’étoffer notre analyse de la place des femmes en politique, nous avons lu l’ouvrage « Femmes en politique, en finir avec les seconds rôles » de Marlène Coulomb-Gully aux éditions Belin. Nous avons par la suite eu la chance de rencontrer l’auteure de ce livre et de la questionner quant à son parcours et sa vision de notre problématique. A travers cet article nous souhaitons vous faire découvrir Marlène Coulomb-Gully ainsi que la qualité de son travail d’universitaire.

Qui est Marlène Coulomb-Gully ?
Marlène Coulomb-Gully est ancienne élève de l’École normale supérieure et est agrégée de lettres modernes. Professeure à l’université de Toulouse Jean Jaurès, elle a largement contribué au développement des travaux sur le genre en particulier dans leur rapport au politique. Elle a dirigé pendant sept ans les Presses universitaires du Mirail (PUM) et assuré les fonctions de vice-présidente de l’Association des éditeurs de la recherche et de l’Enseignement supérieur. Elle dirige la collection interdisciplinaire « Les Mots de », (une trentaine de titres parus), qu’elle a également créée. Elle est également chercheuse associée au Laboratoire Communication et Politique rattaché à l’Institut National des Sciences Humaines (CNRS). Le 7 janvier 2013, elle est nommée membre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes parmi les personnalités qualifiées en raison de leurs travaux de recherche, d’expertise. Le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes créée par décret en 2013 « a pour mission d’assurer la concertation avec la société civile et d’animer le débat public sur les grandes orientations de la politique des droits des femmes et de l’égalité. En janvier 2017, elle est nommée chevalier de la légion d’honneur.

Que nous apprend son ouvrage « Femmes en politique, en finir avec les seconds rôles » ?
Dans un premier temps, ce livre permet d’établir un constat de la place que tiennent aujourd’hui les femmes en politique. Comme il est très simplement écrit : « le monde politique est le symbole de la domination masculine ». De manières générale, les fonctions régaliennes restent aux mains des hommes alors que les femmes sont renvoyées aux fonctions « maternantes » qui leur sont traditionnellement dévolues dans l’espace privé, comme en témoignent ces quelques chiffres datant de 2018 : au Parlement Européen, seulement 38,5% des députés sont des femmes, les femmes ne représentent que 17% des présidentes de régions et 10% des présidentes de conseils départementaux. Cependant des mesures de changement ont été prises, avec en 2000 le vote de la première loi de parité qui contraint les partis politiques à présenter un nombre égal d’hommes et de femmes lors des scrutins de liste et prévoit une retenue sur leur dotation financière s’ils ne respectent pas ce principe. Mais la réalité est tout autre, car au fil des ans ce dispositif a évolué et les stratégies de contournement se sont affinées.

On apprend dans cet ouvrage, les facteurs explicatifs de l’absence des femmes dans la sphère politique. Tout d’abord, la famille peut se révéler être un frein à l’entrée des femmes en politique en raison des charges qu’elle suppose mais est au contraire vu comme un atout pour les hommes dont la normalité est ainsi confortée auprès de leurs citoyens. De même les femmes sont toujours renvoyées à leurs apparences qui leur rappelle qu’elles restent des intruses en politique. En effet l’apparence des femmes en politique a été et est toujours à l’origine de remarques sexistes et nous développerons ce sujet dans le prochain article.

Marlène Coulomb-Gully aborde aussi la conquête du pouvoir par les femmes. Elle explique ainsi que jusqu’aux années 90, les quelques femmes qui étaient au pouvoir étaient nommées dans les fonctions liées au « care ». Heureusement à partir des années 90 les femmes ont de plus en plus eu accès aux fonctions régaliennes notamment car leur approche des sujets importants de la sphère politique devient nécessaire. Ce qui est évoqué dans le livre quant à la différence entre l’approche féminine et masculine de ces sujets est principalement un changement quant à l’ordre du jour, la teneur des débats, le ton employé lors des discours mais aussi les priorités établies. Généralement, les femmes ont une approche plus sociale des politiques publiques et les hommes une approche plus économique mais cette partition est de plus en plus brouillée.

Quelles peuvent-être les solutions pour que les femmes aient plus de place dans la sphère politique ?
Si la place des femmes en politique est plus facilement acceptée de nos jours il reste d’importantes transformations à réaliser en amont pour que cette problématique de parité en politique n’en soit plus une. En premier lieu, il faut déviriliser les partis politiques car ils sont pour la plupart pensés par et pour les hommes. Marlène Coulomb-Gully aborde aussi l’idée du coaching : l’accompagnement personnalisé peut être une solution pour favoriser une meilleure capacité des femmes à s’imposer même si cette solution n’est que transitoire. Mais finalement ce qui est primordial c’est de promouvoir une culture de l’égalité, en levant les résistances des hommes face à l’arrivée des femmes en politique et en développant chez les femmes l’évidence de leur légitimité. Il s’agit de déconstruire les stéréotypes associés au masculin et au féminin promus par le processus de socialisation au premier rang desquels la famille et l’école.