Un matin alors que je lisais Le Monde tranquillement, un article de la sexologue Maïa Mazaurette plein de statistiques m’a frappé. 71% des hommes admettent avoir eu un problème de rapidité éjaculatoire. 59% ont joui pendant ou juste après l’intromission du pénis, et 31% avant même de pénétrer leur partenaire (sondage IFOP). Je continue ma lecture et je découvre d’autres chiffres ; 18,4% des femmes parviennent à l’orgasme par la pénétration vaginale. Ces chiffres sont issus d’une étude du Journal of Sex & Marital Therapy, 2015.

Réfléchissons. Quel est le rapport idéal ? J’attrape mon ordinateur, et dans ma barre de recherche écosia (oui on est b3d nous) je tape : « rapport sexuel idéal ». Et là, malheur ! On ne parle que de temps, de fréquence. 25 minutes, 15 minutes, entre 7 et 13 minutes… Il y a de quoi avoir la tête qui tourne avec tous ces chiffres.

Mais en réalité, qu’elle est la durée moyenne d’un rapport ? Allez lançons les paris… Roulement de tambour… Une étude publiée sur PubMED.gov montre que la moyenne d’un rapport est, attention, de 5,4 minutes. Et par rapport on entend : intromission du pénis dans le vagin jusqu’à éjaculation. Donc pour conclure, la performance c’est : une pénétration qui dure entre 7 et 25 minutes et qui se termine par une éjaculation !

C’est à ce moment que je relève mes manches, et que je vais à la recherche non pas de la performance mais d’une des origines de cette injonction à la performance. On ne va pas se mentir, mais quelle industrie pourrait influencer nos rapports sexuels ? Allez, je sais que vous avez une idée vous aussi… Attaquons-nous à la pornographie.

 

Le sociologue Richard Poulin dans « La pornographie, les jeunes, l’adocentrisme » recense plusieurs études. Une des études est une étude française menée sur un panel de 300 jeunes par Michela Marzano et Claude Rozier. Cette étude date un peu (2005) mais déjà à cette époque, 58 % des garçons et 45 % des filles avaient vu leurs premières images pornographiques avant 13 ans. Le problème est que la pornographie devient pour ces enfants un éducateur sexuel. Un exemple de ce qu’est la sexualité. Et en réalité c’est plutôt faux, non ? Richard Poulin parle dans son livre de « spectacle pornographique » où le « but ultime » est l’éjaculation. Je suis plutôt d’accord avec le terme de spectacle.

Une interview de Rocco Sifredi (je ne vous présente pas ce célèbre acteur porno), est intéressante sur le sujet. Il explique les dessous de l’industrie. Les scènes sont filmées les unes après les autres, dans le désordre. Avec des pauses. Les acteurs peuvent même prendre des substances comme le viagra ou s’injecter une substance (l’edex) directement dans la verge pour avoir une longue érection. On nous aurait donc menti ? (Sans parler de la représentation de la femme dans ces films qui elle aussi est totalement erronée, étonnamment…). Si vous voulez approfondir ce sujet je vous invite à regarder la vidéo Data gueule qui est extrêmement bien expliquée.

Au final, oui, la pornographie est une des origines de l’injonction à la performance imposée aux hommes, et c’est très grave.

 

Peut-on nous libérer de cette recherche incessante de la performance qui n’est rien d’autre qu’une durée définie de pénétration ? Pourtant si le sexe lesbien ne tourne pas seulement autour de la pénétration, pourquoi le sexe hétérosexuel le devrait ?

Oui, oui, le sexe ne tourne pas seulement autour de la pénétration. Mais ça je vous en parlerai dans un second article la semaine prochaine..

 

 

Sources :

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/16422843

https://www.cairn.info/revue-les-cahiers-dynamiques-2011-1-page-31.htm

https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2019/10/13/les-hommes-au-defi-du-rapport-sexuel-ideal_6015298_4500055.html

https://www.youtube.com/watch?v=CowmAzQo2IE