C’est à partir des années 70 que l’on observe une percée des réalisatrices dans le cinéma, encouragée par la vague féministe qui a suivi 1968, qui revendiquait alors une affirmation de l’identité féminine.

On compte des réalisatrices importantes dans le cinéma d’auteurs à cette période : Agnès Varda, Marguerite Duras, et Chantal Akerman, à la fois artistes et auteures. Plusieurs films se distinguent dans des domaines variés : Défense de savoir de Nadine Trintignant (1969) pour le cinéma engagé, La fiancée du pirate de Nelly Kaplan (1969), L’une chante, l’autre pas d’Agnès Varda (1977) du côté féministe, et Mais qu’est-ce qu’elles veulent ? de Coline Serreau (1978) pour l’aspect documentaire. Un thème récurrent anime ces années, celui de la victime, qui n’est pas traité par une forme d’apitoiement sur son sort mais plutôt par un rejet de la résignation chez la femme.Deux films majeurs encadrent la période : La femme de Jean de Yannick Bellon (1974) et Le destin de Juliette d’Aline Issermann (1983).

Si les réalisatrices réalisent une percée à cette époque, elles n’ont pas mené une lutte collective pour s’imposer dans le cinéma. La question de l’identité est primordiale chez ces femmes, Agnès Varda disait, à l’égard du cinéaste féministe : « C’est (…) sortir de son miroir et de l’image que la société vous propose d’être, sortir de la cuisine, aller dehors, regarder les autres, choisir et composer avec les difficultés et les contradictions ». La volonté première de ces précurseuses est bien de quitter la place presque imposée aux femmes au XXè siècle, afin de mettre en avant leur créativité et ambitions, d’apporter elles aussi à l’écran leur regard sur le monde.

À partir des années 80, leur place devient incontestable. Leur légitimité est renforcée par la remise de prix, comme à Cannes, où le Lion d’Or fut attribué au festival de Venise à Sans toit ni loi, d’Agnès Varda. Cette reconnaissance artistique n’exclut toutefois pas que la réalisatrice soit boudée par les producteurs. Elle réalise aussi le film Ulysse, qui 20 ans plus tard sera au programme du baccalauréat pour l’épreuve de cinéma. La reconnaissance du travail des réalisatrices se retrouve ainsi dans le milieu scolaire, où l’on déplore la trop faible présence des femmes dans les programmes.

1985 est l’année de la validation du cinéma des réalisatrices, grâce au Festival international de films de femmes (FIFF), à Créteil. Dès le départ, ce festival se définit comme « festival de cinéma et non festival féministe ». Cet événement a pour ambition de mettre en avant les films réalisés par les femmes, à échelle internationale et mondiale, bien que le public reste davantage féminin que masculin.

Des querelles sur l’appellation « film de femme » apparaissent car les femmes ne feraient alors plus partie de l’université artistique en participant à un événement genré. Très vite, le FIFF est vu comme une façon de cataloguer les films créés par des femmes car ce type de rassemblement artistique n’existe pas dans les autres domaines de la culture. Charlotte Dubreuil dira à propos du festival que « C’est enfermer les femmes dans un ghetto ». En effet, les réalisatrices françaises hésitent à assumer une différence qui les contraindrait à s’engager dans de nouveaux lieux comme la rivalité et la compétition, dans le contexte d’un cinéma universel. Malgré ces péripéties, le FIFF légitime l’accès à la création pour les femmes, qui ne sont pas seulement cantonnées au rôle d’actrice.