Nicole Loraux dans Les Enfants d’Athéna : “la pratique politique ne connaît pas de citoyenne, la langue n’a pas de nom pour la femme d’Athènes et il n’y a même pas un mythe pour faire de l’exclusion des femmes le corollaire de l’invention du nom athénien”

Selon Aristote, “Le mâle est supérieur par nature et la femelle inférieure : l’un gouverne et l’autre est gouvernée”. Telle était la vision des femmes à cette époque : en effet, les femmes ne faisaient pas la guerre et étaient exclues des instances de délibération et de décision politique. La principale mission des femmes, dans la Grèce antique, était de faire des enfants, ce dont se plaint Médée, l’héroïne d’une pièce de théâtre écrite au Ve siècle avant JC par le poète grec Euripide : ” nous sommes, nous autres femmes, la créature la plus misérable. […] Ils disent de nous que nous vivons une vie sans danger à la maison tandis qu’ils combattent avec la lance. Piètre raisonnement : je préférerais lutter trois fois sous un bouclier que d’accoucher une seule”.

Si les femmes étaient très peu considérées à cette époque, pour ce qui est de l’activité culturelle, dans toutes les cités grecques, la femme se trouve à l’égal des citoyens hommes. La loi pouvait d’ailleurs punir d’une amende celles qui ne remplissaient pas leur devoir au niveau culturel. De plus, les femmes étaient à l’égal des hommes dans la sphère religieuse et cette sphère était la seule où la femme pouvait jouer un rôle de premier plan dans la cité.

Mais dans les esprits une seule idée dominait : les hommes et les femmes constituaient deux espèces différentes. Les hommes se rapprochaient des dieux tandis que les femmes s’apparentaient bien plus à des animaux.

Portrait de femme : Pénélope, reine légendaire

Pénélope illustre le premier exemple de femme n’ayant pas le droit à la parole dans le domaine public. Dans le premier livre de l’Odyssée, Pénélope demande au barde installé dans la grande salle de son palais de jouer une chanson plus joyeuse. Son fils Télémaque lui intime alors de se taire et de retourner dans ses appartementsMaman, dit-il, monte dans tes quartiers et reprends ton propre travail, le métier à tisser et la quenouille … le discours sera l’affaire des hommes, de tous les hommes et de moi surtout ; car tel est mon pouvoir dans cette maison”. Cela démontre que dès les premiers écrits de la culture occidentale, les voix des femmes ne sont pas entendues dans la sphère publique. 

Pénélope n’est pas seulement un personnage légendaire. Son nom inspira diverses associations de femmes, comme les condamnées de la prison de Rennes, sans parler des multiples usages commerciaux. C’est aussi le nom emblématique retenu à la fin des années 1970 pour baptiser une revue d’histoire et d’anthropologie des femmes.